Colloque du 19/20 Septembre 2011, Université d’Oran
Pierre Bourdieu et l’ Algérie : Fond commun, zones
amazighophones et migration
Baya Maouche
L’enseignement en Algérie coloniale et postcoloniale entre métanoïa et
renforcement partiel du capital culturel.
I.Introduction
Résultat d’un découpage arbitraire
par des colonisateurs, les territoires de l’Amazighité s’étendent sur 10 pays
différents dont l’Algérie[1].
Ils ont été bouleversés et sont encore secoués par des mouvements de
revendications sociales et culturelles.
Se souciant peu de la précision des termes les médias européens, cantonnés
dans une perception orientaliste[2],
parlent d’une « révolution
arabe » ou d’une« révolution du jasmin ».[3]
Les soulèvements populaires en
Afrique du Nord contemporaine montrent qu’il s’agit de revendications sociales
et culturelles exigeant la rupture d’avec
des politiques idéologiques hégémoniques qui nient la diversité culturelle.
L’Algérie, de par sa haute lutte
pour l’indépendance nationale et la reconnaissance de son identité nationale
reste un cas à part, mais hautement territoire des hommes libres.[4]
Nonobstant les maux-les mots qui
décrivent les crises que traversent les pays d’Afrique du Nord sont les mêmes: Démographie
galopante, chômage, crise de logement, désœuvrement, exode de la jeunesse
« les harragas » et la « hogra », le mépris et la corruption.
En ce lieu, il semblerait bien qu’il y
ait une rupture entre la lutte sociale et la revendication pour la liberté : La
presse postule une peur de la révolution, [5]
méconnaissant la différence
algérienne.[6]
L’Algérie a reconnu le Tamazight
comme langue nationale dans la Constitution, la création du Haut-Commissariat à
l’Amazighité en 1994 en est l’expression. Un pas important a été donc franchi pour tourner le dos à une politique
linguistique discriminant les langues
parlées.[7] Nonobstant
un autre pas serait la reconnaissance de l’Arabe algérien.
Doit-on de nouveau parler d’une
homogénéité culturelle (le socle berbère comme patrimoine culturel historique
de tous les Algériens), en risquant de rétablir un rapport culturel hégémonique
?
Dans le passé-présent, la politique
culturelle et linguistique de l’Algérie essentiellement tournée vers l’arabisation,
avait été remise en cause. Cette politique linguistique a promu l’Arabe
classique comme seule langue garante de l’authentique identité nationale.
S’agit-il d’un colonialisme linguistique de fait qui serait dans la
continuité de la politique linguistique coloniale de l’ex-dominateur
français ?
C’est à ce point qu’il faut nouer
les liens avec les concepts de la reproduction du capital culturel développés
par Pierre Bourdieu. Sa théorie mérite une relecture créative.
II. La théorie
socioculturelle de Pierre Bourdieu
Profondément touché par les phénomènes
de déculturation liés à la colonisation,
Pierre Bourdieu annonce prophétiquement que ce déracinement aura des
conséquences à long terme, au-delà des années précédant l’indépendance
nationale. Son premier ouvrage intitulé « la sociologie de
l’Algérie » réitère dans un premier temps une classification ethnologique
coloniale. Selon le chercheur Enrique Martin-Criado , Pierre Bourdieu, alors appelé rebelle en Algérie passe des
journées entières dans la bibliothèque
du Gouvernement général en 1957, où il a
accès à la littérature coloniale.[8] De
ces lectures[9]
ressortent les inspirations pour la structure de sa première œuvre sur la
société algérienne. Bien qu’étant de ce fait un ouvrage assez hétéroclite, une
sorte « d’expérimentation sociologique » qui se base sur les données
de l’ethnologie coloniale, cette œuvre marque un changement partiel dans l’approche des
sociétés amazighes. En effet il ne s’agissait pas pour Pierre Bourdieu de
servir à maintenir un ordre colonial méprisant la population musulmane, mais au
contraire de développer une autre « perception » qui tenait compte
des intérêts d’une population, confrontée à un système colonial déstructurant
et annihilant. Il s’agissait pour ce jeune sociologue autodidacte d’appréhender
la forte modification de la structure sociale de l’Algérie due d’un côté à des lois coloniales sur les
terres[10]
et d’un autre côté à la prolétarisation des paysans et l’émigration en France qui
s’en suit. Cet ouvrage a été révisé en 1961 et par la suite encore en 1963 et
1985 ; ce qui souligne bien qu’il s’agissait bien d’un « premier jet », un premier
essai avec de nombreuses failles. Le choix des contrées aussi singulières que
la Kabylie, l’Aurès et le M’Zab pour illustrer la sociologie de l’Algérie nous
donne prétexte à réflexion : Pierre Bourdieu entretiendrait-il
inconsciemment ce mythe kabyle ?[11] ,
qui par ailleurs a été très bien analysé
par l’historien Charles-Robert Ageron dans sa thèse « Algériens musulmans
en France »[12]
ou serait-ce plutôt l’expression d’une affinité particulière[13]
avec la culture kabyle ? Je crois personnellement que c’est une des
« fragilités d’un sociologue de combat »[14]
profondément attaché à la cause algérienne et qui n’a pas toujours su éviter
les écueils d’une incursion dans un
domaine qui lui était étranger, étant de formation philosophique. Le sociologue
développe effectivement une autre optique de la réalité algérienne se distanciant de l’eurocentrisme dominant.
Il faut oser penser qu’une étude
sociologique utiliserait les termes de classes et non pas les termes de culture,
comme l’a fait Pierre Bourdieu, mais c’est bien par-là que sa fragilité devient
un moment créateur et qu’un changement
de paradigme encore vacillant se dessine dans l’approche de structures
sociales algériennes: lier la culture à la structure sociale !
Il est donc légitime de se pencher
sur cette pensée et de s’interroger comment elle a pu et
peut nous aider à appréhender les
crises identitaires traversant la société algérienne et par là même celles des
sociétés amazighes.
On pourrait aussi affirmer avec
Tassadit Yacine[15] qu’un
grand nombre de concepts concernant ses travaux sur la sociologie de l’éducation
et de la culture ont été développés en généralisant des acquis des travaux
ethnologiques et sociologiques qu’il avait réalisés en Algérie. Par ce biais[16]
nous pouvons aussi légitimer l’application des concepts de transmission du
capital culturel à la connaissance de la société algérienne. La théorie
socioculturelle de Pierre Bourdieu mériterait néanmoins de ne pas rester
confinée à la connaissance des sociétés amazighes, elle a, comme je le crois, une
portée plus ample dépassant les limites des territoires amazighes.
Bourdieu a maintes fois souligné que
les regroupements de populations dans le cadre de la « pacification »
correspondent à la logique d’un colonialisme déterminé à s’emparer du corps et
de l’esprit de tout un peuple en le
séquestrant .Cette « œuvre civilisatrice » ne servant en réalité qu’à établir une domination[17]
politico-culturelle.
Il anticipe alors une théorie
socioculturelle qui se greffe sur la pensée marxiste, mais en la dépassant: Il
élargit le concept marxiste de capital à un capital économique, culturel,
symbolique et social qu’il conçoit d’une manière relativement indépendante du
capital économique. C’est en quelque sorte une pensée en construction !
Bien que ces œuvres aient été publiées en France respectivement en 1964(Les
Héritiers) et 1970(la Reproduction)
certes après l’indépendance de l’Algérie, mais dans un contexte de
remise en question des bases inégalitaires de la société française, les
concepts de capital culturel(habitus),violence symbolique, métanoïa et/ou
renforcement qu’il introduit, pourraient bien
aider à cerner les problèmes de la transmission du capital culturel ,
notamment avec eux les mécanismes de reproduction d’inégalités au sein de
l’enseignement en général. Le capital culturel transmis, telle la thèse
soutenue par Pierre Bourdieu, favorise
la réussite des étudiants provenant des
couches sociales privilégiées d’autant plus que cet héritage n’est pas perçu
comme un produit social. La culture d’après lui n’est pas innocente, c’est le
meilleur moyen pour reproduire les structures de classe dominantes.
III. L’institution
scolaire et la transmission du capital culturel : La violence symbolique
Dans cette partie de mon
intervention je développerai les points suivants :
-La théorie socioculturelle de
Pierre Bourdieu : Capital culturel, habitus.
- Rôle de l’école dans la
transmission du capital culturel : Violence symbolique et arbitraire du
capital culturel.
-L’école de la république française
en Algérie coloniale : Metanoïa/Conversion.
-L’incommensurable travail de
reconstruction : De la conversion au renforcement du capital culturel.
L’institution scolaire en tant que
détentrice du pouvoir symbolique joue
un rôle important dans la transmission du capital culturel. Ce pouvoir
s’accomplit dans et par une relation définie qui soutient la croyance dans la
légitimité des mots et des personnes qui les prononcent.
Le capital culturel exige un travail
d’inculcation et d’assimilation, l’institution scolaire (à côté de la famille)
assume le rôle de reproduction du capital culturel. La transmission d’un patrimoine culturel s’opère
par effet éducatif qu’exerce le capital culturel objectivé (bibliothèque,
média) et par toutes les formes de transmission implicite liées à l’usage de la
langue et contribue ainsi à la construction sociale d’un habitus. Celui-ci est
constitué selon Pierre Bourdieu par l’ensemble des dispositions corporelles et
intellectuelles héritées ou acquises par l’individu et qui marque un statut
social, une appartenance de classe et de culture.
La transmission de l’habitus se fait
en partie d’une manière inconsciente, mais n’exclut néanmoins pas un travail
d’inculcation conçu comme tel. La transformation du capital culturel hérité en
capital scolaire exige un travail spécifique .La violence symbolique en tant
que mécanisme de transmission repose sur un travail de socialisation nécessaire
pour produire des agents dotés de schèmes de perception et d’appréciation qui
leur permettront de percevoir les injonctions dans un discours et de leur
obéir.
La réussite scolaire et par là la
répartition du capital culturel dépend
non seulement du statut social mais en
grande partie de la manière dont il est reproduit à l’école.
Pierre Bourdieu analyse ce processus
de transmission sous les termes de métanoïa
qui signifie la conversion totale de l’habitus
et entretien : renforcement du capital culturel primaire.
Revenons à la question de départ
concernant le colonialisme linguistique Quel est le mode opératoire de
transmission du capital culturel de l’école française en Algérie
coloniale ?
IV. L’école
française[18]
en Algérie et le refoulement de la culture arabo-berbère
L’école française en Algérie
coloniale n’a pas anticipé les questions liées à la scolarisation des enfants
« indigènes » sédentarisés ou nomades, déstabilisés socialement et
économiquement parlant. Les plans de scolarisation accélérés, notamment le plan
de Constantine, se sont faits dans la
précipitation et dans la réaction. L’école française a refoulé les langues
arabes et tamazight et les a confinées à un usage domestique. Le Français en
tant que langue véhiculaire fut enseignée à l’école, les enfants Algériens
n’avaient pas le droit d’utiliser le Kabyle ou l’Arabe dialectal en classe. Le
Français se comporte d’une manière « glottophage[19] »,
ainsi fut établi un rapport linguistique hégémonique niant les diversités culturelles.
La langue française fut enseignée
comme langue « maternelle » et non comme langue étrangère. Le citoyen
Français était chez lui en Algérie, les Indigènes étant ainsi traités comme des
« étrangers » dans leur propre pays. Le code de l’indigénat leur
refusait la citoyenneté française.
Ainsi l’école française en Algérie
coloniale a créé des ruptures et des déséquilibres profonds. Elle a renforcé le
rapport colonial inégalitaire et créé des
déséquilibres dans la société en imposant une langue étrangère aux enfants
musulmans et en déniant l’éducation à la majorité des Algériens. En imposant un
capital culturel étranger elle tendait vers une conversion radicale de
l’habitus, (la mort d’une culture), ce processus est appelé métanoïa. Dans le
contexte colonial la violence symbolique est double, car la langue
d’enseignement est doublement étrangère. Elle est la langue de domination de
classe et la langue de domination d’un pays sur un autre.
La recherche sur le système
d’enseignement en Algérie coloniale reste encore cantonnée dans une perspective
essentiellement historique. Elle souligne soit le peu d’impact de l’œuvre
scolaire soit l’instrumentation de l’éducation pour pérenniser la domination
coloniale. Les chercheurs sont unanimes en ce qui concerne l’ambiguïté de cette
entreprise.[20]
Effectivement la politique scolaire
coloniale (L’école française) n’a pas intenté d’ouvrir ses portes à tous les
Algériens puisqu’en 1962 85% de la population était analphabète (le taux dans
la population féminine était de 98%), elle a eu un faible impact en Algérie
coloniale. L’accès à l’école était limitée aux enfants de la grande et petite
bourgeoisie d’un côté, et d’un autre côté cette scolarisation ne dépassait pas
un seuil minimal d’éducation qui était le primaire supérieur. En d’autres
termes l’école en Algérie coloniale ne visait pas une ascension sociale des
enfants « indigènes ». Cet enseignement a plutôt favorisé l’émergence
d’une élite francisée qui devait servir d’intermédiaires entre les Algériens et
l’administration française, cette « élite » fournira par la suite les
cadres de la nouvelle administration algérienne.
Quand on ne considère que les
chiffres[21],
l’impact de l’école française en Algérie
paraît infime. Mais quand même cet enseignement a laissé dans l’Algérie
postcoloniale des traces indélébiles dans le comportement culturel des
Algériens, tel qu’un ministre de l’enseignement algérien, Mostefa Lacheraf a
plaidé pour un bilinguisme arabe/ français.
De par son mode d’introduction cet
enseignement avait bouleversé l’espace linguistique et culturel de l’Algérie,
il avait favorisé et aggravé les fossés et les rapports inégalitaires tellement
son prestige et sa maîtrise étaient et sont
encore liés à une ascension sociale. Finalement, c’est le jeune état nouvellement indépendant
qui aidera la langue française à se propager dans toute la société et à
établir un état de bilinguisme de fait dans le système éducatif et dans toute
la société.
V. L’incommensurable
travail de reconstruction en Algérie indépendante : Métanoïa et
renforcement partiel du capital culturel.
A cause de ce déni d’éducation la
plupart des Algériens sont restés analphabètes ou se retrouvent en situation
d’illettrisme[22].
Jusque dans les années 70 l’école algérienne s’est faite dans l’urgence et
l’improvisation, car les enseignants français avaient quitté le pays et le
nombre d’enseignants algériens était encore infime.
L’école algérienne a alors massivement
scolarisé la jeunesse, et par ces
efforts contribué à l’expansion de
l’utilisation de la langue française jusqu’à rester par la force des choses la langue
de l’administration algérienne. Par la suite elle a aussi creusé de nouveaux
fossés en affirmant une identité uniquement arabo-islamique : L’école
fondamentale est effectivement arabisée en 1978 et l’enseignement secondaire en
1988/1989. Un décalage existe encore aujourd’hui entre l’enseignement
secondaire arabisé et l’enseignement supérieur où le Français reste la langue
d’enseignement surtout dans les matières scientifiques et techniques.
Depuis l’année 2000 l’enseignement
du Français a été réhabilité dans le cadre de la réforme de l’école algérienne,
par manque d’enseignants qualifiés et par manque d’ouvrages didactiques adaptés
son introduction dans le primaire a été repoussée à la 3.eme année du primaire
depuis la rentrée 2006/2007.
Donc dans un premier temps, il
semblerait qu’il y ait une continuité dans le mode opératoire de la
transmission du capital culturel. L’instauration de la langue arabe classique
comme langue d’enseignement devait ici
aussi provoquer une conversion radicale « métanoïa ».La
réhabilitation du Français et son introduction dans le primaire depuis 2006
montre que l’impact de la langue française est beaucoup plus important que ne le
montrent les taux d’alphabétisation d’avant 1962.
Elle (L’école algérienne) a créé
dans un premier temps de nouvelles inégalités dans la répartition du capital
culturel, car Il a fallu attendre 1994[23]
pour que l’attention des autorités compétentes soit attirée sur le capital
culturel primaire des enfants ayant comme langue maternelle le Tamazight. Nous
sommes encore dans la phase de renforcement partiel. Aujourd’hui les enfants de langue Tamazight voient leur
capital culturel renforcé, mais qu’en est-il des enfants parlant l’Arabe algérien ?
C’est en connaissant les mécanismes
de transmission du capital culturel dit Pierre Bourdieu, qu’il y aurait quelque chance de suspendre
partiellement leurs effets inégalitaires. C’est en cela qu’elle peut être utile
aux enseignants Algériens.
En 1983 confronté aux enseignants Français qui
lui reprochaient sa vision pessimiste de la sociologie et qui lui demandaient
s’il ne les épinglait pas en leur contribuant un rôle conservateur dans la
transmission des inégalités sociales préexistantes, il rétorqua que « le
travail du sociologue consiste à rendre à tout le monde, au premier venu, la
possession de cette chose tout à fait bizarre qu’est le monde social » [24] La
connaissance des lois sociales est la condition de toute transformation du
monde social. C’est en connaissant les mécanismes de transmission du capital
culturel qu’il y aurait quelque chance de suspendre partiellement les effets de
ces mécanismes.
Néanmoins l’approche de Pierre
Bourdieu dans la sociologie pédagogique est l’expression d’un point de vue
« surplombant », il s’agit d’une macrosociologie qui montre les
carences d’un système scolaire hautement inégalitaire, favorisant la réussite des
enfants d’une couche sociale proche d’une culture scolaire qui est loin d’être universelle et objective. Il
s’agit d’une dénonciation de l’école reproductrice des rapports sociaux marqués
par la domination une classe sociale
privilégiée. Il serait nécessaire aujourd’hui d’ouvrir la « boîte
noire » de l’institution scolaire pour comprendre comment les inégalités
se fabriquent en son sein. La sociologie de l’école s’éloignerait de la
critique surplombante pour aller vers une expertise plus pratique tournée vers
les acteurs, les sujets.[25]
Pour la nouvelle sociologie de l’école, il faut s’interroger sur ce que l’école
fait aux élèves et aux enseignants et sur ce que les élèves et les enseignants
font à l’école. Pour l’école algérienne le choix de la langue ou des langues
d’enseignement est déterminant dans cette interaction. La réussite ou l’échec
scolaire dépend ici encore plus qu’ailleurs d’une politique linguistique
cohérente qui prend en compte le capital culturel primaire de tous les enfants.
L’analyse par exemple du lien
pédagogique pourrait être très fructueuse pour suspendre les effets
discriminatoires du mode de transmission du capital culturel scolaire.
VI. Conclusion
La déculturation coloniale, aggravée
après l’indépendance par une politique linguistique méprisant les diversités
culturelles et les parlers populaires, a produit des situations inégalitaires et favorisé la
« hogra » pour reprendre un terme usuel du langage courant. C’est en
restant à « l’écoute » des jeunes confrontés à l’échec scolaire que
le pays répondra à leurs frustrations et à leurs aspirations, et que pourra
s’établir un dialogue interculturel.
La formation et la sensibilisation
des enseignants pour ces situations de plurilinguisme en est une des clés
principales. Car tant que la question de la place des langues nationales dans
l’enseignement n’est pas tranchée, elle restera au cœur des problèmes que connait
le pays et que connaissent aussi les sociétés amazighes.
Ouvrages cités
1.
Bourdieu, Pierre : Sociologie de l’Algérie, Paris,
PUF, 1961.
2.
Bourdieu, Pierre : Esquisses algériennes, Paris,
Seuil, 2008.
3.
Bourdieu, Pierre : Les héritiers, Paris, Ed .de
minuit, 1985.
4.
Bourdieu, Pierre : La reproduction, Paris, Les éd.
De minuit, 1970.
5.
Lacheraf, Mostefa : Des noms et des lieux, Alger,
Casbah, 1998.
6.
Masqueray, E : Formation des cités chez les
populations sédentaires de l’Algérie, 1886.
7.
Hanoteau, A./ Letourneux, A. : Les coutumes de la
Kabylie, 1873.
8.
Ageron, Charles-Robert : Les Algériens musulmans en
France, Tome 1, Paris, 1968.
9.
Saïd, Edward : L’orientalisme, Paris, Seuil, 1997.
10. Martin-Criado, Enrique : Les deux Algéries de Pierre
Bourdieu, Bellecombes-en-Bauge, Ed. Le croquant, 2008.
11. Corcuff,
Philippe : Bourdieu autrement, Paris, Ed. Textuel, 2003.
12. Institut
National de Recherche : La France et l’Algérie : Leçons d’histoire,
Lyon, 2007.
13. Bilek,
Chérifa : La genèse de l’enseignement de Tamazight depuis le XXème siècle.
Evolution, acquis et perspectives.( Haut-commissariat à l’amazighité).
14. Calvet,
Jean-Louis : Linguistique et colonialisme, Paris, Payot, 1974.
15. Dubet,
François : Faits d’école, Paris, Ed.de l’EHESS, 2008.
16. Durkheim,
Emile : Les règles de la méthode sociologique, 1894.
[1] Selon l’universitaire Salem Chaker la division
objective par la nationalité correspond aujourd’hui à des comportements
culturels, politiques, religieux, profondément différents et qui induit des
allégeances totalement divergentes. Cette remarque concerne les populations
berbères de France, mais qui certainement est valable pour les Amazighes de
toute l’Afrique du Nord.
[2] Les médias européens produisent un
discours sur la situation dans les pays
« Arabes » et d’l’Afrique du Nord qui tend à homogénéiser, à les
présenter comme une entité ignorant les différences des diverses sociétés. En
ce sens on peut affirmer que l’image de l’Orient et des pays « Arabes »
est une perception orientaliste. Ce discours souligne la supériorité des
« démocraties » européennes. Cf. Saïd Edward W. L’Orientalisme,
Paris, Seuil, 2005.
[3] Ces termes sont repris par
l’ensemble de la presse algérienne francophone.
[4] L’étymologie du terme amazigh n’est
pas connue avec certitude. Ce terme signifie homme libre. Pour rester dans
cette métaphore, les territoires de l’amazighité seraient des territoires sans frontières
nationales. Pour établir sa domination hégémonique le pouvoir colonial a fixé avec une règle des frontières
arbitraires et créé des états conformes à leur représentation d’un état-nation.
[5] Les titres de la presse francophone
en Algérie sont révélateurs et évoquent l’exception algérienne. Quelques
exemples : El Annabi du 2 Avril 2011 titre : Les Algériens entre
désir de changement et peur du chaos, le journaliste Arab Chih se questionne
dans les Regards.fr du 5 Juillet 2011 sur les raisons pour lesquelles «
…la graine révolutionnaire ne prend pas »
[6] La différence algérienne s’explique
entre autre par une situation économique relativement meilleure, par la manne
pétrolière et par les traumatismes et séquelles d’une haute lutte pour
l’indépendance nationale et la décennie noire. Sur le plan politique il n’y a
pas de société civile ou c’est une élite clientéliste, un décalage entre classe
politique et la jeunesse. Aussi la presse gouvernementale lie le mouvement pour
la revendication des libertés au mouvement du RCD Rassemblement pour la culture
et démocratie de Saïd Sadi. UN parti fortement représenté en Kabylie.
[7] Khaoula Taleb-Ibrahimi affirme que
le jugement des masses populaires est sévère à l’encontre des parlers
jugés vulgaires, pauvres et indigents,
même s’ils restent dans leur for intérieur très attaché à leur terroir. Le
prestige de l’Arabe fusha est indéniable. In : LA France et
l’Algérie : Leçons d’histoire, Institut National de recherche pédagogique,
p.53.
[8] Martin-Criado, Enrique : Les
deux Algéries de Pierre Bourdieu, Bellecombes-en-Bauges : Editions le
Croquant, 2008 p.31
[9] Les œuvres scientifiques de référence en ethnologie étaient :
-
E.Masqueray :
Formation des cités chez les populations sédentaires de l’Algérie, 1886.
-
A.Hanoteau/A .Letourneux :
La Kabylie et les coutumes kabyles, 1873.
[10] Thème étudié à l’époque par l’historien
André Noushi auquel Pierre Bourdieu demanda son aide pour ses recherches, car
André Noushi s’intéressait à l’époque au monde rural constantinois.
[11] Le chercheur Martin-Criado n’ose
pas poser aussi directement cette question. Il procède par touches
impressionnistes. Bien que son analyse nous pousse fortement à croire que
Pierre Bourdieu ait suivit le schéma de la tradition ethnologique des années 50
qui se basait sur la séparation des
sociétés primitives et des sociétés modernes historiques et ainsi bien
cantonnée dans une perception « orientaliste » comme l’a soutenu
Edward Saïd.
[12] Ageron Charles-Robert : Les
Algériens musulmans en France, tome 1, Paris 1968, p.267-292 et tome 2
p.873-890
[13] Affinité particulière qui est
soulignée par la chercheure Tassadit Yacine.
[14] Corcuff, Philippe : Bourdieu
autrement, Paris : Editions textuel, 2003.
[15] Dans le projet éditorial/
Avant-propos des Esquisses Algériennes de Pierre Bourdieu, Tassadit Yacine cite
l’avant-propos de l’Art Moyen et affirme avec lui qu’un certain nombre de ces
concepts « sont nés d’une généralisation des acquis des travaux
ethnologiques et sociologiques que Pierre Bourdieu avait réalisés en
Algérie », In : Esquisses Algériennes, 2008, p.19.
[16] Corcuff, Philippe : Bourdieu
autrement, Paris : Textuel, 2003. L’auteur nous incite « à prendre
les chemins de traverse » (p .8)
pour appréhender la pensée de
Pierre Bourdieu, car il pense qu’en soulignant son homogénéité, on a tendance à
négliger « ses failles qui donnent
aussi matière à penser » (p.8).
[17] Il faut introduire ce concept
central de la sociologie bourdieusienne : l’analyse des rapports de
domination.
[18] Khaoula Taleb-Ibrahimi dans son
exposé sur « L’Algérie : coexistence et concurrence des
langues » pense que l’usage du Français s’est étendu paradoxalement après
1962 ; In : La France et l’Algérie : Leçons d’histoire, p.48. Le
terme de paradoxe est ici impropre, nous avons à faire à un renversement de
situation dû à la politique de scolarisation renforcée du gouvernement
algérien. Etant donné que l’arabe classique par manque d’enseignants qualifiés
ne pouvait devenir langue
d’enseignement dans l’école primaire
qu’à partir de 1978.
[19] Calvet, Louis-Jean :
Linguistique et colonialisme, Paris, Payot, 1974.
[20] Kadri, Aïssa : Histoire du
système d’enseignement colonial en Algérie. In : La France et
l’Algérie : Leçons d’histoire, Institut national de recherche pédagogique,
Lyon, 2007, p.19-39.
[21] Lacheraf, Mostefa : Des noms
et des lieux, Alger : Casbah, 1998. L’auteur nomme dans son œuvre le taux
de 85% d’analphabètes à la fin d’une colonisation de 132 ans. Lorsque Mostefa
Lacheraf était devenu ministère de l’enseignement en Algérie, il a plaidé pour un
bilinguisme Arabe/Français.
[22] Kadri, Aïssa: Histoire du système
d‘enseignement colonial en Algérie
In : La France et l’Algérie : Leçons d’histoire. Institut
national de recherche pédagogique, 2007.p.19-39. En citant Lacheraf Mostefa qui avance le chiffre de 85% d’analphabètes
en Algérie avant l’indépendance. Les travaux sociologiques de Fanny Colonna et
d’Ahmed Ghouati confirment aussi que l’école française n’a touché en fait
qu’une « élite coloniale ». Le Cercle Algérianiste évoque au
contraire la « Grande œuvre française » néanmoins les chiffres
avancés par eux-mêmes n’expriment aucune autre réalité.
[23] Bilek, Chérifa : La genèse de
l’enseignement de Tamazight depuis le XXème siècle. Evolution, acquis et
perspectives. Dans cet exposé Madame Bilek retrace les différentes étapes de la
lutte pour la reconnaissance de la langue amazighe. En 1994 pendant la grève
scolaire on exige la reconnaissance de cette langue maternelle à
l’école« Tamazight di lakul ». Elle a été finalement introduite dans
le primaire à la rentrée scolaire 2004/2005, après sa reconnaissance en tant
langue nationale en 2002.
[24] Bourdieu, Pierre : entretien
avec Ronald kopka.
[25] Dubet, François : Faits
d’école , Paris, Editions de l’EHESS, 2008
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